3.4 Gérer le conflit

Les conflits qui se manifestent parfois dans nos Foyers sont une cause évidente de découragement pour les personnes désireuses de s’engager bénévolement sur un projet.

Une douche froide sur les candidats bénévoles

L’effet d’un foyer déchiré par les querelles de personnes que donne sur les nouveaux adhérents une association est désastreux. L’essentiel de l’énergie étant consacré à défendre les intérêts de clans qui s’affrontent on ne sait plus trop pourquoi : les bénévoles raisonnables auront disparu après la deuxième réunion,


La plupart des associations qui s’enferment dans les conflits de personne finissent par en mourir. Cette surmortalité des structures en tension s’explique certainement aussi par le brusque tarissement du recrutement : aucun bénévole ne rejoindra volontairement une association qui ressemble à un champ de bataille.

Une cause de l’émiettement du tissu associatif

Dans les associations en conflit, la solution consiste souvent dans le départ d’un groupe qui fonde à son tour sa propre association. Ce phénomène participe de la multiplication des petites et moyennes structures et favorise un émiettement excessif du tissu associatif.

Le conflit peut donc être une source de progrès ?

Il apparaît illusoire d’aspirer à un objectif « zéro conflit ». Et cela d’autant plus que certaines formes de conflits sont une opportunité pour l’association. Tout le monde connaît l’expression populaire « crever l’abcès ». Certaines situations sédimentées depuis très longtemps, s’apparentent à des abcès. Le conflit permet alors de sortir d’une impasse, de débloquer une situation et de continuer à progresser. Il en va des conflits comme du stress. Il existe un bon stress et un stress toxique. Sans bon stress, par d’adrénaline suffisante, et pas de possibilité de se surpasser lors d’un événement. Un excès de stress paralyse, fait perdre ses moyens, voire, rend malade. Sans conflits, pas de possibilités de dépasser certaines situations bloquées.

Il est normal qu’une association traverse des crises de croissance tout au long de sa vie. Comme un être humain, qui vivra différentes crises pour grandir, s’accomplir et s’élever, l’association ne peut évoluer sans passer par des « moments difficiles », notamment ceux où des personnes s’affrontent en son sein.
Si le principe du conflit n’est pas négatif en lui-même, il faut toutefois rester vigilant : des conflits excessifs, tant en termes d’intensité que de récurrence, peuvent dégénérer, entraînant un blocage irrémédiable, voire la mort d’une association. C’est pour cette raison que les responsables du Foyer doivent être en mesure de reconnaître les situations conflictuelles et de les traiter avant qu’elles ne deviennent toxiques pour l’institution.

Comment reconnaître les situations conflictuelles ?

Pour qu’il y ait conflit, trois éléments sont nécessaires :
- les protagonistes de la situation, que le conflit va transformer en antagonistes ; il peut s’agir d’individus ou de groupes,
- un objet de conflit (au minimum), qui constitue le différend à résoudre, -le prétexte-,
- une proximité dans un système donné, le Foyer.

Un conflit émerge toujours suite à l’installation, voire la prolifération de situations toxiques entre membres de l’association. Certains conflits peuvent être larvés, non visibles, non audibles. Ils n’en sont pas moins existants.

Qu’est-ce qui définit un conflit toxique ?

Les conflits toxiques sont les conflits qui prennent une telle ampleur, en terme d’intensité ou de récurrence, qu’ils en deviennent paralysants pour le bon fonctionnement du Foyer. Les acteurs deviennent sourds et aveugles les uns envers les autres. Les échanges sont énergétivores, perfides, pernicieux. Sciemment ou inconsciemment, les protagonistes finissent par adopter des stratégies qui se situent uniquement dans la logique du conflit et non plus dans celle de l’objet associatif et des activités de la structure. C’est le conflit qui devient la principale raison d’agir et non plus le projet associatif.

Une forme de conflit est particulièrement fréquente dans les Foyers où coexistent des bénévoles et des salariés, le conflit de territoire. Lorsque les domaines d’activités ou les champs de compétence ne sont pas définis ou de manière trop imprécise, les acteurs sont en permanence à la recherche des limites de leur territoire.

Cette recherche des limites est un phénomène normal en soi, car, dans un Foyer, le champ d’intervention d’une personne ou d’un groupe est variable dans le temps et dans l’espace. Selon le contexte, la motivation de chacun, les modalités des activités du Foyer, les rôles et l’engagement des parties prenantes sont amenés à évoluer, quelque fois de manière très rapide. La fluctuation des limites des territoires respectifs est un signe de bonne santé du Foyer ; c’est même une condition indispensable de sa survie, lui permettant de s’adapter à un contexte par définition changeant.

C’est la théorie des hérissons développée par le philosophe allemand Schopenhauer : trop loin les uns des autres, ils meurent de froid ; trop proches, ils se piquent mutuellement et se font mal. C’est là que survient le conflit.

Dans ce cas, comment faire ?

Il faut tout d’abord un certain courage pour faire éclater un confit, décider de le gérer et se préparer à le dépasser. La dimension régressive elle-même, momentanée, est incontournable. Car il n’y a pas de progression possible, sans le passage obligé par un temps de régression. C’est ce que le sociologue Henry Lefebvre appela l’approche « progressive/régressive ».

Dans les conflits « arachnéens », ceux qui ne font ni bruit, ni heurts dans l’association, la part de déni est très importante. Il peut être alors plus difficile de reconnaître le conflit et d’accepter de le prendre en considération.

Puis, on va utiliser des outils de gestion des conflits. Cela passe forcément par des temps de régulation, par des échanges de paroles, de la mise en perspective. Le partage de la parole permet de prendre de la distance par rapport aux émotions vécues. Cette phase doit viser à faire passer les différents protagonistes du conflit d’une posture « réactionnelle » à une posture relationnelle.

Souvent il suffit de dévoiler aux acteurs la face lumineuse du conflit, les aider à considérer ce qui se joue entre eux. Les gens prennent alors conscience qu’ils sont en train de construire maladroitement quelque chose de nouveau, de débloquer une situation héritée du passé de l’organisme ou d’un contexte particulier. Le conflit peut être réinterprété dans la dynamique du projet associatif.

Notre conseil :
En cas de conflit risquant de paralyser le fonctionnement de votre foyer et/ou les relations avec d’autres partenaires (secteur, mairie..) ne restez pas isolé, n’hésitez pas à solliciter la Fédé (animateur, administrateur) qui pourra organiser sur place une réunion permettant de rechercher une solution acceptable par tous.